Le moulin du bois dit du diable

 Si Givry pouvait compter sur la Trouille pour faire fonctionner ses moulins, la Commune de Rouveroy quand à elle avait été moins bien dotée par la nature en matière de cours d'eau. Par contre, la position géographique du village sur les hauteurs de la vallée de la Trouille permettait tous les espoirs au niveau de l'utilisation de l'énergie éolienne.
Le cartographe POPP renseigne un moulin à vent sur le territoire de la commune, à 3 kilomètre du centre du village et à quelques mètres de la limite territoriale qui sépare Rouveroy du village d'Haulchin. Enclavé dans une propriété appartenant au Vicomte de Bousies, ce moulin est situé en pleine campagne sur une superficie d'un are.

Cet ancien moulin a profondément marqué la toponymie de Rouveroy puisqu'on retrouve les lieux-dits "Piedsente du moulin", "Chevauchoire du Moulin" pour le chemin commun à Rouveroy et à Haulchin et enfin, "Couture du moulin" pour le vaste champ qui l'entoure.

En 1848, Zéphire (ou Zéphirin) LEFEBVRE, cultivateur et meunier à Rouveroy, en est l'heureux propriétaire. Reniant le dieu Eole, notre homme cherche à remettre sa confiance dans la force hydraulique. Pour cela, il introduit une requête pour bâtir un "moulin à eau à moudre le grain" sur le cours de la Trouille dans le bois de Rouveroy.

A cette époque, le vicomte de Bousies, bourgmestre de la localité, est également propriétaire des terres convoitées par LEFEBVRE; il acquiesce d'autant plus volontiers à cette demande qu'il restera propriétaire d'un fonds qui prendra de ce fait une sérieuse plus-value et qui supprimera une enclave dans ses propriétés.

La construction sera cependant d'allure modeste : les fondations et la base encore visible actuellement sont constituées d'un grès de même espèce, probablement d'origine locale.

En août 1887, Camille Meurice, meunier à Harvengt continue l'entreprise et lui donne ses lettres de noblesse car dès ce moment, le "Moulin du Bois" sera désormais connu comme "Moulin Meurice".

 Anciennement, le bois d'Aveau, entièrement situé sur Rouveroy mais contigu à Givry, était un lieu de détente idéal pour les Givryens et particulièrement pour les élèves des écoles grâce à ses nombreuses possibilités de promenade, pêche, cueillette ou encore visite de ses endroits historiques tels que le Camp Romain, la mine de cuivre et bien sûr, le vieux moulin. Aussi, beaucoup d'habitants de Givry étaient et sont encore persuadés que ces lieux font partie de leur village au point qu'au début du siècle, les Frères des Écoles Chrétiennes tombèrent dans le piège en éditant des cartes-vue libellées "Givry...". Ils ne seront cependant pas les seuls éditeurs cartographiques à commettre la même erreur.

Au début du XXè siècle, le moulin cesse ses activités à une date inconnue; cependant, d'après un document d'assurance prenant effet le 23 décembre 1900, on apprend que le meunier Camille Meurice y occupait encore deux ouvriers: son fils Emile, âgé de 21 ans à l'époque et Camille Delplancq.

De nos jours, seule la chute d'eau continue de troubler la quiétude de cet endroit perdu et devenu presque inaccessible: il est vrai que ce moulin porte également une autre appellation autrement plus éloquente: le moulin du Diable !

Après s'être frayé un chemin parmi la végétation luxuriante et envahissante, le promeneur découvre les derniers vestiges du bâtiment principal couvert de lierre et dont chaque brique qui se détache est comme une grosse larme versée par ces ruines sur un passé presque oublié.