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« J'ai eu 205 ans le 26 novembre 2009 et je m'appelle Marie ! »

Texte publié dans l'édition de décembre 2009 du journal communal d'Estinnes.

cloche_rouveroy.jpgLes habitants de Rouveroy m’entendent tous les jours depuis la Noël 1995 où j’ai reçu comme cadeau de la part de ma fabrique d’Eglise, un moteur et une roue tout e neuve pour m’aider à vous avertir vu mon vieil âge ! Je vous donne l’heure et la demi-heure, je vous invite à prier l’Angélus le matin à 8h, à midi et à 19h. Je vous préviens lors des célébrations dominicales et je sonne le glas pour les funérailles des paroissiens.

Pourtant, du haut de mes 205 ans, je suis encore une jeune fille. Une jeune fille avec une histoire pas très banale. Mon propriétaire m’a fondue 3 fois, en même pas 70 ans ! Je ne devais pas faire mon travail correctement peut-être. En tout cas, je suis dans ma position actuelle depuis mon baptême le 26 novembre 1804 qui m’a été conféré par l’abbé Nicolas DAMANEL, curé-pasteur de Rouveroy.

Voilà mon histoire…

Le 3 mai 1734, Monsieur l’abbé BRUNEBARBE, curé-doyen de Binche, me bénit et me baptise. Il me donne pour parrain Messire Charles Léon DE BOUSIES et pour marraine la sœur de ce dernier, la damoiselle Victoire Isabelle DE BOUSIES, religieuse d’Havandz, tous deux enfants de Messire Léon Claude DE BOUSIES, vicomte de Rouveroy et de Marie Anne Joseph LEBRUN de LA VIGNE. J’ai été bénite en présence de l’abbé Wolfgang Guillaume DE BILLART, curé de Rouveroy, hongrois de nation (né à Tokaj en Hongries). Ils ont décidé de me donner le prénom de Marie Anne.
(Registres paroissiaux, page 132, AC ESTINNES)

En 1768, mon parrain propose aux paroissiens de me refondre vu que je suis trop légère pour être la cloche principale, mais il met certaines conditions pour que cela ne coûte pas un denier à la communauté. Il veut offrir 4 cloches à l’église où ses ancêtres reposent (sous le chœur, dans la crypte). Le 15 septembre 1768, il passe un contrat avec les fondeurs de cloches de la ville de Mons et le 9 octobre à l’issue de la messe dominicale, le mayeur de Rouveroy, Jean Joseph LIENAUX fils, fait part aux paroissiens des conditions de Monsieur le Vicomte : la grande messe des jours ouvriers sera sonnée par les 3 grandes cloches, ainsi que les dimanches et les fêtes et les processions quand on en fera. Pour les morts, on ne sonnera qu’une volée  et avec une seule cloche et les 2 autres bridées, sauf pour le seigneur du lieu et sa famille ainsi que les souverains. Pour les messes basses, on utilisera la quatrième cloche. De 20h jusqu’au lendemain matin, elle ne sonnera plus ! Il sera permis aux habitants de sonner ou faire sonner pour avertir du décès de leurs parents (3 lâchés), la veille des funérailles (3 lâchés) et autant le jour du service au matin et à midi. Le vicomte propose aussi en même temps de fermer le portail de l’église du côté de la nef, sous prétexte de sureté pour l’église.

La cloche actuelle qui est trop légère pour devenir la grosse cloche sera conduite à la ville de Mons « au poids » par un chariot qui sera fourni par la communauté. Un autre chariot sera aussi mis à disposition pour la ramener ainsi que les 3 autres cloches et cela « sans salaire » !

Le 23 octobre, sans qu’aucune personne n’ait « contredit, tout au contraire, nous avons reçu ce don avec reconnaissance et gratitude aux conditions ci-dessus ».
Le 11 novembre, L’abbé Coust, doyen de Binche et curé de Bray, a bénit les 3 cloches et la clochette. Elles ont pour marraine Mademoiselle Marie Barbe DE BOUSIES et pour parrains respectivement Mr Fery DE BOUSIES, Charles DE BOUSIES et Hiacinthe DE BOUSIES, tous enfants de Charles Léon DE BOUSIES et de Marie-Joseph de CORS WAREM LOOZ, seigneur et vicomte de Rouveroy. On a donné le prénom de Marie à la première, Anne à la deuxième, Rémy à la troisième et de Médard à la clochette. (Registres paroissiaux, page 61, AC ESTINNES)

Le 24 janvier 1781, la grosse cloche a été bénite ainsi que la clochette Médard par le doyen l’abbé HALLEZ (Registres paroissiaux, page 87, AC ESTINNES)

En 1784, je reçois une nouvelle structure pour pouvoir me poser comme l’indique l’année gravée dans le bois de la structure.

Le 26 novembre 1804, la cloche que nous connaissons actuellement, a été bénite par l’abbé Nicolas DAMANEL, curé de Rouveroy, avec l’autorisation de Monsieur GODEFROI, vicaire général de l’Evêché de Tournai, résident à Mons. On a donné le prénom de Marie et comme parrain Philippe Auguste DE BOUSIES fils ainé de Férÿ François DE BOUSIES et de dame Angélique d’YVES, seigneur et vicomte de Rouveroy, et pour marraine Marie Louise DE BOUSIES, tante de Philippe Auguste, chanoinesse de Moustier.

Une seule question sans réponse à l’heure actuelle : que sont devenus mes frères Rémy et Médard et ma sœur Anne ?

La suite peut-être dans un prochain épisode.


Alexandre JAUPART
Trésorier de la Fabrique d'Eglise Saint-Rémi de ROUVEROY